Ramadan à l'heure du Coronavirus, une atmosphère pas comme les autres

Nermine Khatab Vendredi 24 Avril 2020-22:00:27 Chronique et Analyse
Ramadan à l'heure du Coronavirus, une atmosphère pas comme les autres
Ramadan à l'heure du Coronavirus, une atmosphère pas comme les autres

« Préparons-nous à vivre autrement le mois béni du Ramadan 1441», tel est le message adressé aux croyants. L'institution de l'Islam Sunnite indique que le mois de Ramadan débutera très probablement le 24 avril 2020. Pour l’heure, rien ne s’oppose au respect de la tradition de pratiquer le jeûne, même si elle ne sera pas simple en temps de distanciation sociale, ou en temps du Coronavirus. Dans son sillage funeste, le Covid-19 ne sème pas seulement le malheur et la mort… il sème aussi les ferments de la controverse sur des réseaux sociaux en proie à l’anxiété, et aux rumeurs que certaines peurs irraisonnées font naître immanquablement.

Alors que le mois béni du Ramadan se profile doucement à l’horizon, le Comité de jurisprudence d’Al-Azhar, la plus haute institution de l’islam sunnite, a rendu son arbitrage au sujet de la question qui fâche et qui a suscité un vif émoi sur le Net : l’observation du jeûne, à l’heure du Covid-19, ne risque-t-elle pas de faire perdre à l’organisme ses précieuses défenses immunitaires et de le rendre, de fait, très vulnérable ? « Il n'y a aucune preuve scientifique selon laquelle le jeune faciliterait la contamination par le virus, a tranché cet aréopage de jurisconsultes musulmans ». Les prescriptions de la charia sur le jeune restent inchangées: le jeune est une obligation pour tous les musulmans, à l'exception de ceux qui en sont dispensés et qui ont une excuse valable. Seules les dérogations habituelles sont appliquées : les voyages ou la maladie.

Les oulémas de l'Islam ont ainsi mis fin à la polémique au Caire, au cœur d’une Egypte qui n’est pas épargnée par le virus. Avec ses 100 millions d’habitants, le pays le plus peuplé du monde arabe a toutes les raisons de redouter l’infernale propagation de ce fléau sur ses terres. A son tour, il tente de lui faire barrage en suspendant les prières dans ses mosquées, fermé ses écoles et universités, mis en place une interdiction de circuler en vigueur depuis le 25 mars, et plus récemment, tout rassemblement religieux lors de la célébration du Ramadan a été interdite.

Tables de charité interdites

L'interdiction des tables de charité risque de provoquer des tensions. En règle générale, les tables de charité sont réservés aux pauvres. L'interdiction s'appliquera également à l'Itikaf (retraite spirituelle), lorsque les fidèles passent les dix derniers jours du mois dans des mosquées pour prier et méditer.

Le commerce de yamich en récession

Par ailleurs, qui dit Ramadan dit noisettes et fruits secs. Mais cette année, le yamich n’est plus comme chaque année, ses prix ont connu une nette flambée. Stagnation du marché, état de récession en raison de la propagation du COVID 19 et l’interdiction de circuler qui a freiné les mouvements des citoyens et ralenti le commerce, mais les Egyptiens insistent à fêter ce mois sacré à leur façon même enconfinement. Ils ne peuvent pas se passer d’un plat de pruneaux et d’abricots secs avec pistaches. A quelques jours du mois de Ramadan, l'atmosphère est plutôt calme dans le quartier de Bab el Bahr, une des rues les plus célèbres pour la vente du yamich au Caire. Le quartiercomprend 12 marchands en gros à côté de 10 autres grands importateurs de yamich. Cette rue est presque le lieu de vente exclusif desnoisettes au Caire. L'ambiance qui caractérise le mois sacré est quasiment absente. Pas de décors ni de fawanis (lanternes) dans les ruelles, ni même de fanions ou de guirlandes comme la coutume l'exige. Seuls les étalages de yamich (fruits secs) garnissent le grand souk de Bab el Bahr comme unique signe que le Ramadan est à nos portes. Le marché, habituellement bondé, est presque vide. Sayed, un commerçant de yamich qui autrefois n'avait pas un moment de répit à l'approche du mois sacré, est bien défaitiste. Son voisin n'arrive pas aussi à dissimuler son inquiétude. «Ce Ramadan diffère des autres. Les prémices ne sont pas encourageantes, Nous sommes à la fin du mois de chaabane et peu de clients se sont présentés pour s'offrir le yamich. Certains ont acheté seulement de petites quantités de fruits secs, tandis que d'autres se sont contentés desdattes, indispensables pour la pratique de la Sunna (la tradition du Prophète, paix et salut sur lui)», dit-il. Atteya Abdel Ati, grand commerçant de yamich,explique que la flambée des prix du yamich cette année est due à plusieurs chosesparmi lesquelles l'arrêt de l'importation en raison de la suspension des vols et la récession économique due à la propagation du coronavirus dans les quatre coins du monde. Les boissons ramadanesques occupent la tête des ventes cette annéeà cause de la chaleur torride. Quantà Reda, un autre vendeur, il explique que la cacahuète est lareine des noisettes cette année car elle est bon marché. Les noisettes coûtent cette année 155 LE. Le stock de pâte d’abricot est vendu à700 LE et il contient 25 paquets. Le prix des noix de pécan varieentre140 et160 LE. Le prix des dattes cette année est à la portée de tout le monde. Entre cher et bon marché, les Egyptiens fêteront le mois sacré deRamadan dans l'inquiétude et l'attente d'un lendemain sans virus. Espérons que ces jours difficiles se dissipent très prochainement et que la vie reprenne son cours normal. Bonne fête à tous et toutes.

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